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Yacouba Sawadogo, l’homme qui faisait reculer le désert

« Ceci est une histoire vraie aux sources sourcées. Elle commence il y a 45 ans au milieu d’un désert dans la province de Yatenga, au Burkina Faso. Yacouba Sawadogo, 25 ans, veut faire pousser une forêt dans le désert. Autour de lui, on le prend pour un fou. Mais Yacouba a confiance en son destin depuis que son maître, à l’école coranique malienne, lui a dit quand il avait 16 ans : “Un jour tu feras quelque chose de grand”. Des mots importants pour le cancre qu’il était alors. Yacouba a su ce que serait sa mission quand la sécheresse et la famine se sont abattues sur sa région. Les greniers à mil était vide, le lait ne venait plus, et lui se dans son coin se disait : “Je sais comment réparer la terre”. »

Un engagement né dans les années 1980

Né à la fin des années 1930 dans la province de Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, Yacouba Sawadogo a d’abord fréquenté une école coranique au Mali avant de retourner dans son village natal pour travailler comme vendeur sur un marché local. À cette époque, il ne savait pas que son monde était sur le point de changer radicalement. En 1980, de graves sécheresses ont sévi dans la région provoquant une chute drastique des rendements agricoles. Il s’en est suivi un douloureux épisode de famine pour les populations. Ceux qui ont pu partir ont choisi de quitter la région, pas Yacouba Sawadogo. Il est resté, déterminé à trouver une solution à cette situation de crise.

Ces techniques « ancestrales »

C’est alors qu’il s’est mis à planter un arbre, puis deux, puis quatre, puis bientôt une centaine selon une approche ancestrale, le zaï ou cordon pierreux. La technique consiste à dresser de petites barrières rocailleuses afin de freiner le ruissellement de l’eau, ce qui permet à cette dernière de « s’infiltrer » dans le sol, et à la terre de ne pas glisser en aval. Des trous garnis d’engrais sont ensuite creusés près des pierres. La plante, mieux alimentée, peut ainsi pousser même en saison sèche et sur n’importe quel sol. En tout, il a réussi à créer une forêt de près de 40 hectares sur des terres autrefois stériles et abandonnées. Aujourd’hui, il possède plus de 60 espèces d’arbres et d’arbustes dans ce qui est considéré comme l’une des forêts les plus diverses plantées et gérées par un agriculteur du Sahel. Malgré la résistance des habitants au début – Sawadogo était appelé le « fou » et a vu sa forêt incendiée – il n’a jamais envisagé d’abandonner. Au fil du temps, nombreux sont venus observer son travail.En 30 ans, le Burkina Faso a réussi, grâce à des techniques simples, à regagner près de 3.000 km2 sur le Sahel.

arrêter le désert :il l’a fait

. Si les communautés locales et les experts internationaux sont prêts à tirer des leçons de sa sagesse, il sera possible de régénérer de vastes zones de terres dégradées, de réduire ainsi la migration forcée et de reconstruire la paix au Sahel  Déjà plus de 3 000 km2 de cultures gagnées sur le désert Au-delà de cette réussite, Yacouba Sawadogo s’est lancé dans l’organisation de formations et a permis aux agriculteurs de régénérer leurs terres et retrouver leur productivité, du Burkina Faso au Niger en passant par le Mali et la Côte d’Ivoire. En 2016, on estime que la technique du zaï a permis de restaurer la capacité de production de dizaines de milliers d’hectares dans les seules provinces du Yatenga et de Gourcy au Burkina Faso. « Je ne veux pas manger aujourd’hui et laisser les générations futures sans rien à manger. Le travail que je fais est de créer les graines de la richesse – pas seulement pour le Burkina Faso, mais pour beaucoup d’autres pays », se réjouit Yacouba , conscient que le chemin à parcourir est encore long. Surtout depuis que son projet est menacé par l’expansion de la ville voisine de Ouahigouya. En effet, Sawadogo ne possédant pas les terres qu’il a régénérées, il voit de plus en plus de nouvelles maisons construites en bordure de sa forêt.

Le Zaï

Il va donc creuser des trous , sur toute la surface du champs, et déposer du compost dedans. Effectuée à la saison sèche, cette première étape permet d’attirer les termites, naturellement présentes dans cet environnement, et qui vont ensuite s’occuper de creuser des tunnels sur toute la surface. Ces tunnels, ou galeries, permettront par la suite une meilleure rétention de l’eau lors de la saison des pluies. Il ne reste plus qu’à semer .En plus de cette utilisation judicieuse du compost et des termites, la mise en place des cordons pierreux (blocs de moellons ou de pierres disposées en ligne), qui permettent d’éviter le ruissellement de l’eau. Ainsi, l’érosion des sols est ralentie, et l’humidité conservée durant les périodes de sécheresse. Le sol est au fur et à mesure enrichi en minéraux. Non seulement la terre mais aussi les eaux souterraines ont été régénérées.

Inspirant

Pour l’heure, sa plus grande fierté est d’inspirer de plus en plus de jeunes. Un message fort qui aide le pays à lutter contre les migrations. Un exode qui aura d’autant moins de raison d’être si les campagnes gardent leur attrait pour la jeunesse burkinabè, dans un pays où 60 % des 17 millions d’habitants ont moins de 25 ans. Ne sait-on jamais ? Avec d’autres techniques de régénération naturelle découvertes par les agriculteurs, le zaï pourrait devenir un symbole de ce qui peut aider à fixer les populations sur place et, pourquoi pas, faire renaître des vocations

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